
Répondre en groupement d'entreprises : guide pratique pour PME
Un groupement d'entreprises pour marché public existe sous deux formes (article R2142-19 du Code de la commande publique) : conjoint (chaque membre responsable de ses lots) ou solidaire (tous engagés sur la totalité). Le groupement désigne un mandataire signataire du DC1 et du DC2. La forme doit rester inchangée entre candidature et attribution, sauf accord exprès de l'acheteur.
Un groupement d'entreprises n'est pas une fusion. C'est une association temporaire où chacun garde son autonomie, mais vous répondez à l'appel d'offres comme une entité unique. C'est un outil puissant pour accéder à des marchés trop gros pour vous seul. Mais c'est aussi complexe : juridiquement, administrativement et operationnellement.
Ce guide couvre les étapes pratiques pour monter un groupement sans l'endommager pendant le processus.
Pourquoi répondre en groupement ?
Avant d'aller plus loin, posez-vous la question : est-ce vraiment nécessaire ?
Raisons valables
Vous n'avez pas l'expérience exigée. Le cahier des charges demande cinq ans de présence dans le secteur, vous en avez trois. Votre partenaire en a dix. Ensemble, c'est couvert.
Vous n'avez pas la capacité. Le marché demande 100 000 heures de travail. Votre équipe peut en fournir 50 000. Vous en trouverez un autre qui peut en fournir 50 000.
Vous n'avez pas la technologie. Le marché demande une expertise en intelligence artificielle que vous ne maîtrisez pas. Votre partenaire la maîtrise.
Vous n'avez pas les clients references. L'acheteur veut trois références clients dans le secteur public. Vous n'en avez qu'une. Votre partenaire en a deux.
Raisons faibles (à éviter)
"Ça augmentera nos chances." Non. Un groupement mal construit diminue vos chances. L'acheteur verra tout de suite les tensions internes.
"Ça répartira le risque." Oui, mais ça augmente aussi la complexité. Pas forcément un gain.
"C'est rapide à mettre en place." Non, c'est le contraire. Un groupement se prépare en minimum deux semaines. Si vous n'avez que quatre jours avant la deadline, montez pas un groupement maintenant.
Trouver les bons partenaires
C'est la décision la plus importante. Une mauvais partenaire, c'est un désastre.
Critères de sélection
Compétences complémentaires. Pas deux entreprises qui font la même chose. Vous avez des domaines clairement différents qui, ensemble, couvrent le cahier des charges.
Réputation. Le partenaire doit être fiable. Cherchez ses antécédents : a-t-il réussi d'autres marchés ? A-t-il été poursuivi en justice ? A-t-il des dettes sociales ?
Taille compatible. Un géant+ une PME, c'est souvent compliqué. Le géant impose ses règles, la PME n'a pas de poids. Cherchez quelqu'un de taille similaire ou un petit peu plus gros.
Intérêt mutuel. Les deux entreprises doivent vouloir ce marché. Si l'autre dit "oui, mais sans vraiment y croire", ça se verra dans l'offre.
Localisation. Pas indispensable, mais c'est plus facile si vous êtes à proximité. Les réunions en visio ce n'est pas l'idéal pour construire une offre collaborative.
Secteur ou domaine sans conflit. Évitez un concurrent direct. Si vous répondez ensemble, puis qu'un jour vous postulez seul au même marché, vous avez un conflit de loyauté.
Où chercher un partenaire ?
Commencez par votre réseau. Vous connaissez quelqu'un qui pourrait être complémentaire ? Contactez-le.
Utilisez les associations professionnelles. Beaucoup d'associations mettent en relation des PME pour des partenariats.
Consultez les données publiques des appels d'offres remportés. Qui sont les groupements gagnants dans votre secteur ? Contactez-les. "Vous avez remporté ce marché en groupement avec X. Je fais de la même chose et je serais intéressé par un partenariat pour le prochain appel d'offres."
Alertes d'appels d'offres. Certaines plateformes (Tender Box, Localtis) vous permettent de signaler que vous cherchez des partenaires pour une opportunité donnée.
La conversation initiale
Avant toute chose, validez que c'est possible :
"Nous venons de voir cet appel d'offres qui nous intéresse. Pour y répondre ensemble, nous aurais besoin que vous apportiez X et Y. Ça vous intéresse ?"
Écoutez la réponse. S'il y a une hésitation, approfondissez. "Qu'est-ce qui vous ferait dire oui ?" Ne forcez jamais un partenaire qui doute. Ça se termine mal.
Si c'est oui, passez à l'étape suivante.
Structures juridiques : groupement ordinaire vs GEIE
Il existe deux façons juridiquement de répondre en groupement.
Groupement ordinaire
C'est le plus simple et le plus courant. Vous répondez à l'appel d'offres avec une "convention de groupement" (un contrat entre vous) qui explique comment vous allez travailler ensemble. C'est provisoire, le temps du marché.
Avantages : facile à mettre en place, pas de structure juridique nouvelle, peu de formalités.
Inconvénients : chaque entreprise est solidairement responsable envers l'acheteur. Si l'une fait faillite pendant le marché, l'autre doit finir le travail. C'est risqué.
GEIE (Groupement Européen d'Intérêt Économique)
C'est une structure juridique légère, reconnue en droit européen. Vous créez une entité commune qui répond à l'appel d'offres.
Avantages : responsabilité clarifiée, structure formelle, plus crédible auprès de grands acheteurs.
Inconvénients : formalités légales (création, enregistrement), coûts (droits d'enregistrement, audit), durée (deux à trois semaines pour mettre en place).
Quelle structure choisir ?
Pour un marché en-dessous de 500k : groupement ordinaire. Pour un marché au-dessus de 500k ou avec des partenaires réputés comme risqués : GEIE. Si c'est votre premier groupement ensemble : groupement ordinaire, puis GEIE si ça marche bien.
Un conseil : vérifiez le cahier des charges. Certains acheteurs ont une préférence et le mentionnent.
La convention de groupement : document clé
Si vous choisissez un groupement ordinaire, la convention de groupement est votre contrat. C'est là que tout se clarifie.
Vous pouvez utiliser un template (cherchez-en sur Legalstart ou auprès de vos organismes professionnels) ou rédiger une version simplifiée vous-même. Voici ce qui doit être dedans :
Identification des parties
Nom, siège social, numéro SIRET de chaque entreprise. Pas d'ambiguïté.
Objet du groupement
"Répondre ensemble à l'appel d'offres X lancé par l'acheteur Y."
Durée
"Le groupement existe du jour de sa signature jusqu'à la fin du marché, plus deux mois pour les réglements finaux."
Rôle de chacun
C'est le point clé. Qui fait quoi ?
"Entreprise A apporte son expertise en intégration système et assurera la mise en place technique. Entreprise B apporte son expertise en support et assurera la maintenance."
Soyez précis. Pas de zones grises.
Responsabilités administratives
Qui gère la relation avec l'acheteur ? Qui reçoit les communications officielles ? Qui signe les documents ?
Généralement, c'est l'une des deux qui sera "mandataire" du groupement. Elle représente le groupement auprès de l'acheteur et elle reçoit le paiement.
"Entreprise A est mandataire. Elle gère la relation avec l'acheteur et reçoit les paiements."
Répartition financière
Quel % du prix/bénéfice va à chacun ? C'est important parce qu'il faut que ce soit équitable, sinon l'une des deux se sentira exploitée.
"Le prix total est 500k. Entreprise A reçoit 60% (300k) et Entreprise B reçoit 40% (200k), déduction faite des impôts et frais communs (5%)."
Vous pouvez aussi dire : "A reçoit ses coûts directs + 20% marge, B reçoit ses coûts directs + 20% marge."
Durée de paiement
"Le mandataire reçoit les paiements de l'acheteur et répartit les parts dans les 30 jours à partir de la réception de la facture."
Désaccords
Que se passe-t-il si vous avez un différend ? Exemple : Entreprise A dit que Entreprise B n'a pas livré ce qu'elle avait promis.
"En cas de différend, les deux entreprises tentent une résolution amiable dans 15 jours. Si aucun accord, un arbitrage par un tiers."
Conditions de rupture
"Si une entreprise ne tient pas ses engagements pendant plus d'un mois, l'autre peut quitter le groupement, moyennant 30 jours de préavis."
Attention : c'est rarement invoqué, mais c'est bon à savoir.
Signature
"La convention est signée avant le dépôt de l'offre."
Les deux dirigeants signent. C'est un document formel.
Conseil : faites vérifier par un avocat, surtout si les montants sont significatifs (au-dessus de 200k). Ça coûte 500-800€ et ça évite les galères.
Gestion documentaire : qui a quoi
Avant de déposer l'offre, clarifiez qui a chaque document.
Documents administratifs
Chaque entreprise est responsable de fournir ses propres documents : KBIS, attestation d'assurance, certificat de régularité, certifications.
Le mandataire rassemble tout dans un dossier unique.
Convention de groupement
C'est le document qui dit que vous êtes ensemble. Vous le joignez au dossier de candidature. L'acheteur doit savoir que c'est un groupement.
Offre technique
Qui la rédige ? Idéalement, chacun rédige sa part, puis vous faites une review ensemble pour assurer la cohérence.
Exemple : "Entreprise A rédige la section 'Intégration technique', Entreprise B rédige la section 'Support et maintenance'."
Offre commerciale et prix
C'est souvent le plus sensible. Le prix doit être cohérent avec la répartition des rôles.
Si Entreprise A fait 60% du travail, elle doit recevoir à peu près 60% du prix.
Organigramme et équipe
Comment les équipes sont-elles organisées ? Qui rapporte à qui ?
Vous créez un organigramme qui montre les deux entreprises, les responsables de chaque entreprise, et comment elles interagissent.
Exemple d'organigramme :
Directeur de projet (Entreprise A)
|
+-- Intégration (Entreprise A : 3 personnes)
|
+-- Support (Entreprise B : 2 personnes)
Clair et lisible.
Contrats ou accords d'interface
Si vous travaillez sur une plateforme technique, qui la maintiendra ? Sur quelles bases ? Documentez-le.
Ce ne sont pas des documents à joindre à l'offre, mais ils doivent exister en interne.
Coordination opérationnelle
Une fois l'offre déposée, vous attendez le résultat. Si vous gagnez, la vraie complexité commence.
Réunions régulières
Initiez une réunion hebdomadaire (30 min) entre Entreprise A et Entreprise B. C'est le ciment.
Agenda simple : qu'est-ce qui s'est passé cette semaine ? Qu'est-ce qu'on fait cette semaine ? Y a-t-il un problème ?
Cette réunion doit inclure les responsables opérationnels, pas juste les managers.
Définition de l'interface
Comment les deux entreprises vont-elles travailler ? Via Slack ? Mail ? Téléphone ? Réunions ?
Définissez le protocole. "Toute demande de l'acheteur est transmise au mandataire qui la transmet à l'autre entreprise dans 24h."
Documentation commune
Créez un dossier partagé (Dropbox, Google Drive, Share) où tous les documents de suivi sont accessibles.
- Planning détaillé
- Risques et issues
- Logs de réunions
- Communications avec l'acheteur
- Feuilles de temps (si facuration à l'heure)
Si une entreprise ne peut pas accéder à l'info, c'est un problème. Assurez-vous que tous les responsables ont accès.
Escalade des problèmes
Si un problème opérationnel survient (délai en retard, personne unavailable), comment l'escaladez-vous ?
"Niveau 1 : responsables opérationnels des deux entreprises tentent une résolution. Niveau 2 : escalade aux directeurs respectifs."
Cela évite que les petits problèmes deviennent gros.
Pièges juridiques courants et comment les éviter
Piège 1 : Solidarité illimitée
En groupement ordinaire, vous êtes solidairement responsables. Si Entreprise B fait faillite au milieu du marché, l'acheteur se tourne vers vous. Vous devez finir le travail.
Solution : faites vérifier la santé financière de votre partenaire avant de signer. Demandez un bilan comptable récent. Si vous voyez des signaux d'alerte, reconsidérez.
Ou, optez pour un GEIE qui limite cette responsabilité.
Piège 2 : Malentendus sur la répartition du travail
Vous aviez compris que Entreprise B faisait le support, mais elle l'interprète différemment et ne le fait pas.
Solution : soyez très précis dans la convention. "Support" signifie quoi exactement ? Réponse à une demande en 24h ? En 2h ? Assistance jusqu'à quelle heure de la journée ?
Écrivez-le.
Piège 3 : Conflits de paiement
Vous avez reçu le paiement de l'acheteur, mais vous et votre partenaire ne vous accordez pas sur comment le répartir.
Solution : la convention le dit. Respectez-la.
Si l'autre refuse, vous êtes en litige. C'est un jugement qui tranchera, pas vous.
Piège 4 : Problèmes de confidentialité
Votre partenaire partage des infos confidentielles avec un concurrent.
Solution : insérez une clause de confidentialité stricte dans la convention. Et choisissez des partenaires en qui vous avez confiance.
Piège 5 : Partenaire qui disparaît
Au milieu du marché, votre partenaire ne répond plus aux emails. Elle est en difficulté et elle a décidé de l'ignorer.
Solution : anticipation. Avoir une bonne relation avant le marché diminue le risque.
Et avoir la clause "rupture" permet à l'autre partie de partir si ça devient impossible.
Cas où le groupement se termine mal
Parfois, malgré vos efforts, le groupement ne survit pas au marché.
Options de sortie
La convention prévoit généralement une option de sortie si l'une des deux entreprises ne tient pas ses engagements.
"Si une entreprise ne livre pas ce qui a été convenu pendant plus de 30 jours, l'autre peut quitter le groupement avec 30 jours de préavis."
Si vous invoquez cette clause, documentez tout. Emails, réunions, preuves que l'autre a manqué à ses obligations.
Impact financier
Si vous partez, vous n'êtes généralement responsable que de votre part du travail. Les parts sont définies dans la convention.
Mais si votre départ crée un manque significatif, l'acheteur peut vous demander des dommages-intérêts. C'est rarement la peine d'aller jusque-là. D'où l'importance d'une bonne prévention.
Cas spécial : groupement avec un partenaire à l'étranger
Si l'une des deux entreprises est dans un autre pays européen, les règles restent similaires. Mais il y a des complexités supplémentaires : TVA intracommunautaire, différences de droit du travail, problèmes de langue.
Avant de vous engager, consultez un avocat international. Ce n'est pas cher (500-1000€) et ça peut vous éviter de gros soucis.
Conclusion
Un groupement n'est pas compliqué si vous le préparez bien. La clé est simple : être hyper explicite sur qui fait quoi, comment vous communiquez et comment vous partagez l'argent.
Ne montez jamais un groupement en dernier minute (moins d'une semaine avant la deadline). Vous aurez des surprises.
Choisissez un partenaire en qui vous avez confiance, écrivez une convention claire, et restez en contact régulier pendant le marché.
Si vous le faites bien, un groupement ouvre des portes. Vous pouvez répondre à des marchés 10x plus gros que vous seul. C'est une vraie opportunité de croissance.
Et si vous trouvez que gérer la complexité d'un groupement, c'est lourd, Nextend.ai vous aide à organiser la collaboration : documents partagés, historique des communications, assignation des tâches, suivi des délais. C'est du logistique, mais c'est ce qui fait la différence entre un groupement qui tient et un groupement qui s'effondre.
Questions fréquentes
Quel type de groupement dois-je constituer : conjoint ou solidaire ?
Solidaire = tous les membres partagent responsabilité totale envers l'acheteur. Si l'un fait faillite, les autres payent. Conjoint = chacun répond de sa partie seulement. Pour PME, plus d'accès à financements avec solidaire. Mais plus de risques. Consultez un avocat selon votre secteur.
Un groupement peut-il participer à un appel d'offres même si je n'ai pas encore signé de contrat officiel ?
Oui, mais vous devez formaliser rapidement : accord écrit entre les PME précisant rôles, responsabilités, partage de profit, durée d'engagement. Attendez l'accord avant de déposer. Mieux : signez avant le dépôt pour montrer la solidité du groupement.
Comment partager les bénéfices et les tâches entre PME du groupement ?
À vous de l'organiser dans le contrat de groupement. Exemple : PME A = 60% du travail et 60% du profit, PME B = 40/40. Vous avez liberté contractuelle. Mais soyez clair : l'acheteur demande parfois voir comment vous organisez cela.
Qui signe le contrat final avec l'acheteur : une PME ou le groupement ?
C'est généralement le mandataire du groupement (l'une des PME désignée comme responsable) qui signe avec l'acheteur. Mais le contrat peut aussi stipuler "avec le groupement" directement. Cela change la responsabilité légale. À clarifier dès la constitution.
Que se passe-t-il si l'une des PME du groupement se retire pendant l'exécution ?
Risque majeur. Pour cela, prévoyez dès le contrat : clause de résiliation, clause de remplacement, possibilité que le mandataire absorbe la partie. Plus protecteur : assurance-crédit pour couvrir le risque de défaillance d'un partenaire.
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Michaël Pastor
Fondateur de Nextend.ai, ex-cofondateur de Techni-Drone où il a lui-même répondu à des marchés publics avant de lancer cet outil d'analyse IA.
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